Traduction et polémique : Walter Benjamin contre Stefan George

// Traduit de l’allemand par Stefan Kaempfer

Dans les années 1935/36, Walter Benjamin et le philosophe Günther Anders avaient projeté un dialogue radiophonique sur le thème de la ‘traduction’. À ce propos, Benjamin reprend des réflexions plus anciennes sur le sujet et, dans ses « notes sur la traduction » qui sont nées dans ce contexte, il se demande : « qu’est-ce qui plaide en faveur de la traduction ?[1] » Il énumère alors quelques aspects : la valeur pédagogique des traductions, les malentendus productifs provoqués par de mauvaises traductions, « la libération des préjugés sur sa propre langue ». En même temps, cette activité, qui s’oriente apparemment sur la médiation, la compréhension et l’échange, possède également une autre facette, une « certaine brutalité », que Benjamin pointe sous forme d’aphorisme : « combiner la plus grande rigueur avec la plus grande brutalité[2] ».

Si l’on prend au sérieux cet aspect de la traduction, l’opposition sobre de Benjamin – « La traduction – le pour et le contre[3]» – révèle également un aspect qui se refuse à « parler pour la traduction », à faire un plaidoyer pour la traduction : la traduction « contre », comme pratique « contra-dictoire ». Je voudrais essayer de décrire une telle théorie de la traduction dirigée contre la propre langue [« source »] à l’aide de La tâche du traducteur de Benjamin en privilégiant le contexte de la production littéraire dans lequel l’essai de Benjamin s’inscrit, les acteurs qu’il met en cause, ainsi que les métaphores et les images qu’il utilise pour présenter sa théorie de la traduction. En premier lieu, il s’agit d’esquisser la relation complexe que Benjamin entretient avec Stefan George – son modèle et pôle opposé en matière de traduction – et le cercle de celui-ci. En partant des traductions de Baudelaire faites par Benjamin, je voudrais ensuite me concentrer plus particulièrement sur l’image de « l’intime forêt montagneuse de la langue » que Benjamin utilise à un point central de son essai et qui est à lire comme une pointe subtile contre George et sa traduction de Dante tout en éclairant la relation distanciée du traducteur à son matériau, que Benjamin met en évidence : la « tâche du traducteur ».

L’écrit décidément polémique de Benjamin, dirigé contre la théorie de la traduction de George, permet également d’approfondir certains aspects d’une conception de la traduction qui ne vise pas la médiation entre les langues, mais qui a pour but de remettre en question, dans et par l’acte de traduire, l’apparente identité de sa propre langue. Une idée – élaborée au cours de ces dernières années notamment par Barbara Cassin, Lawrence Venuti et Emily Apter[4] – qu’il ne faut pas exclusivement attribuer à Benjamin, mais que l’on peut également repérer dans d’autres contextes historiques : on pense par exemple aux traductions de Milton par Bodmer, qui poussent la syntaxe allemande à ses limites, mais aussi à différentes positions qui s’expriment dans l’histoire ramifiée de la théorie de la traduction [traductologie] au cours de la seconde moitié du 20e siècle, où la traduction devient un moyen d’invention et d’opposition aux discours nationaux[5].

I

Par deux fois, Walter Benjamin s’est exprimé rétrospectivement sur son enthousiasme de jeunesse pour Stefan George[6]. En juin 1928, il écrit à la demande du journal Die literarische Welt (« Le monde littéraire ») un texte de souvenirs sur George et ses lecteurs enthousiastes que furent les amis de jeunesse Jula Cohn, Fritz Heinle et Rike Seligson. À l’occasion du soixantième anniversaire de George, certains écrivains et intellectuels devaient fournir une courte notice autobiographique, où ils présentaient l’importance de George pour leur propre vie intellectuelle. Le court texte de Benjamin est une réminiscence de la façon dont George « agissait dans » sa vie[7], de sa propre jeunesse et du temps jusqu’à la déclaration de la guerre et les suicides de Heinle et Seligson[8]. En 1914, sous l’influence du mouvement de jeunesse et du cercle autour de Gustav Wynken, L’année de l’âme (Das Jahr der Seele) paraît « de plus en plus belle » aux yeux de Benjamin[9]. Dans son essai de jeunesse Sur la vie des étudiants (Über das Leben der Studenten), il cite avec emphase, et un geste de refus de tout ce qui est ‘bourgeois’, quelques vers de ce recueil de poèmes de Stefan George, le plus important pour lui. À cette époque, il commence également à s’occuper des traductions de Baudelaire et de Dante par George[10]. Il compare le traducteur Stefan George à Hölderlin, comparaison qu’il reprendra dans sa Tâche du traducteur :

Dans l’esprit de Pindare, la même sphère des langues allemande et grecque s’ouvrait à Hölderlin : son amour des deux n’en faisait plus qu’une. (Je n’en suis pas certain, mais je pense qu’il serait possible de faire le même éloge des traductions que George a faites de Dante)[11].

Or, il n’y a jamais eu de rencontre personnelle entre Benjamin et George. Lors de son séjour à Heidelberg en 1921 chez Jula Cohn, une proche du cercle de George, il suit pourtant des séminaires de Jaspers, Rickert et Gundolf, ce dernier lui apparaissant déjà comme « monstrueusement faiblard et inoffensif[12] ». Bien que la fascination de Benjamin pour George se soit émoussée dès le début des années 1920, le « maître » continue de diffuser une aura singulière :

Je ne comptais pas les heures au parc du château de Heidelberg, à lire sur un banc en attendant l’instant où il passerait. Un jour, il arriva lentement en parlant à son jeune accompagnateur. Aussi l’ai-je trouvé à certains moments assis sur un banc dans la cour du château. Mais tout cela s’est passé à une époque où le bouleversement décisif de son œuvre m’avait atteint depuis longtemps déjà[13].

Le « bouleversement » que George produit chez Benjamin a toujours été renforcé par des amitiés comme celle avec Heinle. Au fil de ces amitiés, Benjamin se sent également attiré par la « force » de la poésie de George, et la fin tragique de Heinle, son amour inassouvi pour Jula Cohn se soldent donc aussi par son détournement de George : « Toujours est-il que j’ai trop longtemps séjourné dans le district de ces poésies pour ne pas un jour connaître ses horreurs[14] ». Pour Benjamin, la beauté et l’horreur de cette poésie sont indissociablement liées aux souvenirs de sa jeunesse :

Si le privilège et le bonheur de la jeunesse résident dans le droit de se légitimer au travers de vers, de se référer aux vers en se disputant et s’aimant, nous avons connu cette expérience grâce aux trois livres de George, dont la pièce maîtresse est L’année de l’âme[15].

Avant que Benjamin n’aborde dans ses souvenirs une « heure décisive dans la forêt[16] » avec son amour de jeunesse Jula Cohn et la traduction de Dante par George, il trouve une comparaison intéressante en considérant la différence entre la première et la dernière partie de l’œuvre de George : « Et si je devais comparer l’ancienne et la nouvelle [partie] : elles seraient comme une vieille forêt de colonnes et une jeune pépinière.[17] » Plus loin dans le texte, Benjamin étend l’image de la forêt à celle de la montagne : « Or, dans le massif de l’esprit allemand, je compare ces poèmes aux brèches qui, selon la légende, ne s’ouvrent que tous les mille ans pour permettre un regard sur l’or intérieur de la montagne[18] ». Les métaphores et comparaisons de Benjamin sont tirées de la poésie même de George : il s’agit des bosquets, forêts et montagnes qui y sont souvent célébrés. Avant de revenir sur ces images et motifs, je voudrais mentionner le second essai, plus long, de Benjamin sur George.

Dans le commentaire de 1930 sur Der Dichter als Führer (Le poète comme guide) de Kommerell[19] et le Rückblick auf Stefan George (Retour sur Stefan George) paru en 1933, la relation ambiguë de Benjamin à George apparaît avec plus d’évidence encore : la fascination pour sa poésie de jeunesse reste entière, le rejet de la surélévation du maître par son cercle grandit. Bien que Benjamin atteste des traits prophétiques à la pensée et l’œuvre de George, il ne conçoit pas d’analogies explicites entre sa vision d’une ‘grande guerre’, l’avènement d’un ‘nouvel empire’ et la montée du national-socialisme. À en croire la lettre du 16 juin 1933 de Benjamin à Scholem, George, silencieux depuis des années, avait lui-même été dévasté « par l’accomplissement de sa prophétie[20] ». Benjamin s’intéresse à présent à la place de George dans l’histoire de la littérature et des idées fin-de-siècle. Selon Benjamin, George se situe « au terme d’un mouvement intellectuel, qui a débuté avec Baudelaire » ; il « parachève la décadence[21] » comme poète de l’Art Nouveau (Jugendstil), ce courant où

la vieille bourgeoisie camoufle le pressentiment de sa propre faiblesse par un déchaînement cosmique dans toutes les sphères et en abusant, ivre de futur, du mot de « jeunesse » [Jugend] utilisé comme une incantation. Sur un plan qui n’est encore que programmatique, on assiste pour la première fois à la régression de la réalité sociale vers la réalité naturelle et biologique qui, depuis lors, s’est confirmée de manière croissante comme un symptôme de la crise[22].

Rétrospectivement, Benjamin déplore en particulier l’absence d’une opposition critique à l’hégémonie de George, d’un « contradicteur du prophète[23] ». C’est surtout la transfiguration de George en prince des poètes opérée par son cercle, qui insupporte tant Benjamin[24]. Finalement, la haine contre Gundolf et une histoire de la littérature polarisée sur la biographie et centrée sur la personne, la fureur contre l’idée du poète comme « demi-dieu » et porte-parole d’une « communauté du peuple » (Volksgemeinschaft) donnent également naissance à son essai sur les Wahlverwandtschaften (Les affinités électives)[25].  

II

Or, quelques années plus tôt, George, et notamment sa théorie de la traduction, avaient déjà fait l’objet de la critique de Benjamin. La tâche du traducteur (Die Aufgabe des Übersetzers) paraît en octobre 1923 comme préface à sa traduction allemande des Tableaux parisiens aux éditions Richard Weissbach à Heidelberg, ou plus précisément dans sa collection bibliophile Drucke des Argonautenkreises (Publications du Cercle des Argonautes) tirée à 500 exemplaires[26]. Mais les grandes ambitions et l’exigence hyperbolique que Benjamin conçut pour cette publication ne devaient pas rencontrer un grand succès. Stefan Zweig, son concurrent en matière de traduction, est rebuté par « les rimes allemandes, glaciales, absurdes et mortes » de cette traduction. Zweig pense que « toute la chaleur et retenue du poème de Baudelaire, ce phénomène unique de sensualité spirituelle, se glacent ici dans une langue sans mélodie, violente, gonflée, froidement vernie[27] ». Le cercle de George n’émet aucune réaction, le livre ne se vend pas et dix ans plus tard, il n’est toujours pas épuisé[28]. Le premier projet de livre de Benjamin après sa thèse de doctorat naît d’une confrontation avec George, l’illustre traducteur de son époque. À côté de ses traductions de Shakespeare et Mallarmé, George traduit dans les années 1891 à 1900 un total de 177 poèmes de Baudelaire, sa « germanisation » des Fleurs du Mal paraît en 1901 chez Bondi à Berlin. Le Baudelaire de George connaît cinq éditions et un tirage cumulé de plus de quatorze mille exemplaires, ce qui est un immense succès pour une traduction de poésie[29]. Dès 1901, George entreprend sa traduction de diverses scènes de la Commedia de Dante ; une première édition d’un choix de trente-trois scènes paraît en 1912, suivie d’une seconde édition avec une seconde préface en 1921.

L’importance de George et son cercle pour les réflexions de Benjamin apparaît déjà dans le titre de l’essai : Die Aufgabe des Übersetzers[30] (« La tâche du traducteur »). Le concept de ‘Aufgabe’ (tâche / mission, mais aussi abandon) – qui ne désigne pas une technique de traduction déterminée, ce dont Benjamin n’a pas grand-chose à dire – fait référence au livre de Gundolf intitulé George, qui paraît en 1920 chez Georg Bondi à Berlin. La caractérisation hymnique-apothéotique de l’œuvre de George par Gundolf commence par un chapitre intitulé « Zeitalter und Aufgabe » (« Époque et mission »), où il affirme que la « première mission historique de George tient à la renaissance de la langue allemande et du poétique[31] ». Entre la succession épigonale de Goethe, l’expressionnisme et le naturalisme, émerge la figure singulière de George avec sa « nouvelle langue[32] ». De plus, « l’homme entier[33] » George serait « le porteur de mots choisis et rares, d’intonations solennelles et […] le passeur de l’art romantique de l’atmosphère[34] ». Comme Goethe, Hölderlin, Napoléon et Nietzsche avant lui, George serait investi d’une mission (Aufgabe) qui a trait à l’histoire universelle :

La formation, la communautarisation (Gemeindung) et – lentement, par étapes – le devenir-peuple (Volkwerdung) de l’Homme Éternel, dont Nietzsche incarna le dernier appel, et donc : la fin du progrès, l’accomplissement de l’humanité globale (Gesamtmenschentum), telle est la vocation (Sende) particulière de George. Voyons maintenant comment sa personne est équipée à cet effet[35].

Mais l’importance de George n’apparaît pas seulement dans cette référence indirecte à Gundolf. Dans La tâche du traducteur, Benjamin mentionne par deux fois son nom : d’abord avec Hölderlin comme l’un des « plus grands[36] » traducteurs allemands puis, en compagnie de Luther, Voß et Hölderlin, il élargit les « frontières de l’allemand[37] » et brise les « barrières putrides de sa propre langue[38] ». L’importance pour Benjamin de la théorie de la traduction de George apparaît déjà dans la première phrase du texte, lorsqu’il considère que les « égards » d’une œuvre d’art vis-à-vis du public ne sont pas « fertiles[39] ». Dans sa Préface à la première édition des traductions de Dante, George parle de l’essai de rendre « fertile » la « poésie » de Dante dans la recréation poétique. Des images tirées du domaine végétal et organique traversent l’ensemble du texte de Benjamin : il est question de « post-maturation[40] », de la « croissance des langues[41] », du « fruit et [de] sa peau[42] », de « transplantation[43] » et d’un « faire mûrir[44] ». Mais c’est avant tout l’idée de la « poésie » d’une traduction qui intéresse Benjamin et à laquelle il s’oppose avec détermination.

Avec une citation, Benjamin reprend dans le deuxième paragraphe le « poétique » – ce qui, « en dehors du message figure dans une création poétique » (außer der Mitteilung in einer Dichtung steht) – pour montrer que les traductions qui poétisent, qui recréent poétiquement, sont vouées à l’échec. La tentative de rendre la littérarité d’un texte par la poétisation et la recréation littéraire est – à côté de la volonté de ‘transmission’ – le « signe distinctif des mauvaises traductions », qui se veulent « dévouées » au lecteur. La traduction, poursuit Benjamin, est une « forme » qui est à situer au-delà de la transmission et de l’énoncé, mais aussi de « la transmission inexacte d’un contenu inessentiel[45] ». Elle est à distinguer rigoureusement de la communication didactique et de la réécriture poétique. À partir de la différence entre traduction et poésie, Benjamin détermine au milieu du texte la différence entre la tâche du traducteur et celle du poète [de l’écrivain] :

Wie nämlich die Übersetzung eine eigene Form ist, so läßt sich auch die Aufgabe des Übersetzers als eine eigene fassen und genau von der des Dichters unterscheiden. – Sie besteht darin, diejenige Intention auf die Sprache, in die übersetzt wird, zu finden, von der aus in ihr das Echo des Originals erweckt wird. Hier liegt nun ein vom Dichtwerk durchaus unterschiedener Zug der Übersetzung, weil dessen Intention niemals auf die Sprache als solche, ihre Totalität, geht, sondern allein unmittelbar auf bestimmte sprachliche Gehaltszusammenhänge. Die Übersetzung aber sieht sich nicht wie die Dichtung gleichsam im innern Bergwald der Sprache selbst, sondern außerhalb desselben, ihm gegenüber und ohne ihn zu betreten ruft sie das Original hinein, an demjenigen einzigen Orte hinein, wo jeweils das Echo in der eigenen den Widerhall eines Werkes der fremden Sprache zu geben vermag. Ihre Intention geht nicht allein auf etwas anderes als die der Dichtung, nämlich auf eine Sprache im ganzen von einem einzelnen Kunstwerk in einer fremden aus, sondern sie ist auch selbst eine andere: die des Dichters ist naive, erste, anschauliche, die des Übersetzers abgeleitete, letzte, ideenhafte Intention. Denn das Motiv der großen Integration der vielen Sprachen zur einen wahren erfüllt seine Arbeit. Dies ist aber jene, in welcher zwar die einzelnen Sätze, Dichtungen, Urteile sich nie verständigen – wie sie denn auch auf Übersetzung angewiesen bleiben –, in welcher jedoch die Sprachen selbst miteinander, ergänzt und versöhnt in der Art ihres Meinens, übereinkommen. Wenn anders es aber eine Sprache der Wahrheit gibt, in welcher die letzten Geheimnisse, um die alles Denken sich müht, spannungslos und selbst schweigend aufbewahrt wird, so ist diese Sprache der Wahrheit – die wahre Sprache. Und eben diese, in deren Ahnung und Beschreibung die einzige Vollkommenheit liegt, welche der Philosophie sich erhoffen kann, sie ist intensiv in den Übersetzungen verborgen[46].

Si la traduction possède sa propre forme, la tâche du traducteur peut également être saisie comme une tâche qui lui est propre et se distinguer avec précision de celle du poète. – Elle consiste à trouver cette intention en direction de la langue cible, qui éveille l’écho de l’original en elle. C’est ici un trait par lequel la traduction se distingue tout à fait de l’œuvre poétique, puisque l’intention de cette dernière ne vise jamais la langue comme telle, son entité, mais seulement de façon immédiate des relations particulières de contenus de langue. Or, la traduction ne se tient pas comme la poésie à l’intérieur de la forêt montagneuse de la langue même, mais à l’extérieur, face à elle, et sans y pénétrer, elle appelle l’original en ce seul endroit où, à l’intérieur, l’écho dans sa propre langue fait alors résonner celui d’une œuvre en langue étrangère. Non seulement son intention a un autre objet que celle de la poésie, à savoir une langue dans son ensemble à partir d’une œuvre d’art singulière en langue étrangère, mais elle est également différente en soi : l’intention du poète est naïve, première, intuitive, celle du traducteur dérivée, dernière, idéelle. Car c’est le motif de la grande intégration des nombreuses langues en une langue vraie qui anime son travail. Certes, les phrases, les œuvres, les jugements pris isolément ne s’y entendent jamais – de même qu’ils restent toujours tributaires de la traduction –, mais les langues mêmes, complétées et réconciliées. s’y accordent entre elles dans leur mode de signification. Or, s’il existe une langue de la vérité, où les derniers secrets, qui occupent toute pensée, sont conservés sans tension et en silence, cette langue de la vérité est – la vraie langue. Et celle-ci, dont l’intuition et la description représentent la seule perfection que la philosophie puisse espérer, se cache intensément dans les traductions[47].

La différence pointée par Benjamin se fonde sur une métaphore singulière. La tâche [ou mission] du traducteur consiste dans le maintien d’une distance vis-à-vis de la « forêt montagneuse de la langue » [Bergwald der Sprache]. Le traducteur se situe à l’extérieur de cette forêt, il n’y pénètre pas, il y appelle l’original et produit, en ce faisant, un écho et une résonance – quelque chose de dérivé et d’idéel[48]. L’« intention » du traducteur par rapport à la langue n’est donc pas « naïve, première, intuitive », mais « dérivée, ultime, idéelle » à partir d’une distance constitutive. La traduction implique une « distanciation constitutive » du matériau de la langue, tel un protocole expérimental comme le dit Bettine Menke : « La traduction ‘a lieu’ (comme protocole) à la place d’une re-production, à la place d’un transfert : comme appel et écho et entre appel et écho [Wider-Hall][49] ». Ce n’est que dans la distance à sa propre langue et celle entre les langues que la traduction découvre la possibilité d’une « intégration des nombreuses langues ». Pour Benjamin, cela signifie également que la traduction – comme essence de la langue, comme langue intensive et vraie, comme principe de la relation linguistique en général – n’a rien à voir avec la « germanisation ». Pour lui, l’important n’est pas, comme l’écrit George dans la préface de ses traductions de Baudelaire, d’édifier un « monument allemand », mais l’accord des langues dans leur « mode de signification ». L’exigence de Benjamin vise « la langue comme telle, sa totalité », non la relation particulière de deux langues nationales ou simplement, comme il dit, « des relations particulières de contenus de langue[50] ». Pour Benjamin, l’« événement » de la traduction expose la relation entre différentes langues :

La traduction vise finalement l’expression de la relation la plus intime entre les langues. Il lui est impossible de révéler, de produire elle-même cette relation ; mais elle peut la représenter en la réalisant en germe ou bien avec intensité[51].

III

La métaphore de la forêt ne se retrouve pas seulement dans La tâche du traducteur. Benjamin y a recours en plusieurs lieux de son œuvre : dans son essai sur les Wahlverwandtschaften (Les affinités électives), il parle de la « forêt aride du réel », dans la Einbahnstraße (Rue à sens unique) de la « forêt onirique » et dans Le Livre des passages, la forêt du texte est devenue le lieu de la lecture en explorateur : « Le texte est une forêt où le lecteur est le chasseur. Un grésillement dans le sous-bois – la pensée, le gibier sauvage, la citation – une pièce du tableau. (Tous les lecteurs ne tomberont pas sur la pensée)[52] ».

Dans l’essai sur le Traducteur, la comparaison entre le traducteur, qui se tient au bord de la forêt montagneuse (Bergwald), et le poète, qui y pénètre, ouvre un « espace-écho intertextuel[53] », au sein duquel différents contextes sont appelés. La « forêt montagneuse » fait référence d’une part au poème Correspondances de Baudelaire, que Benjamin ne traduit pas dans le cadre de son édition, mais où il est question de « forêts de symboles » et d’un écho. Mais plus encore qu’à Baudelaire, Benjamin fait allusion à la traduction de la Divina Commedia par George, et plus précisément à la première scène de l’Enfer, où Dante, qui a perdu son chemin, se retrouve dans une forêt sombre (selva oscura), une forêt sauvage dont même le souvenir le remplit d’angoisse[54]. George traduit la fameuse « errance dans la forêt » – la selva selvaggia, elle-même création d’un écho linguistique à partir d’une figure étymologique – comme ceci :

Texte originalTraduction allemande de Stefan GeorgeTraduction française de Louis Ratisbonne (Paris 1870)
Nel mezzo del cammin di nostra vita mi ritrovai par una selva oscura chè la diritta via era smarrita.     Ah quanto a dir qual era è cosa dura esta selva selvaggia e aspera e forte che nel pensier rinova la paura![55]Es war inmitten unseres wegs im leben Ich wandelte dahin durch finstere bäume Da ich die rechte strasse aufgegeben.   Wie schwer ist reden über diese räume Und diesen wald den wilden rauhen herben. Sie füllen noch mit schrecken meine träume[56]Au milieu du trajet de notre vie humaine, Sorti du droit chemin qui sûrement nous mène, Je me trouvai perdu dans un bois sans lueur.   Ah ! que la retracer est un pénible ouvrage, Cette forêt épaisse, âpre à l’œil et sauvage, Et dont le seul penser réveille encor la peur ![57]

La « refonte » poétique de la Commedia par George ne relate pas seulement une telle entrée dans la forêt montagneuse (Bergwald), la scène est également symptomatique de l’intention « naïve, première, intuitive[58] », du traducteur poète, qui se perd dans le matériau de la langue. George – qui se voyait comme le Dante allemand et qui s’est même déguisé en Dante pour le carnaval de l’année 1904 – pénètre dans la « forêt montagneuse » en vue d’une « relation particulière de contenus de langue ». La germanisation de la traduction de Dante par George cible également la politique de la littérature et de l’œuvre (Werkpolitik)[59] dans le but de s’assurer une place parmi les grands de la littérature, où cependant les aspects historico-politiques, l’« immense édifice mondial, étatique et ecclésiastique » de la Commedia de Dante sont appelés à passer à l’arrière-plan au profit de la concentration exclusive sur le « poétique[60] ». Et ce faisant, il transforme les silvae de Dante en bosquets allemands, ayant souvent cité et varié cette scène dans son œuvre poétique.

Je voudrais brièvement citer quelques exemples. Dans la préface aux Bücher der Hirten- und Preisgedichte (Livres des églogues et louanges) il est question de l’égarement dans la « forêt du noir destin »[61], de la « marche sous les sombres arbres du rivage »[62] : 

Unterm schutz von dichten blättergründen Wo von sternen feine flocken schneien Sachte stimmen ihre leiden künden Fabeltiere aus den braunen schlünden Strahlen in die marmorbecken speien […]Sous la protection de ces épais feuillages Où d’étoiles lointaines neigent de fins flocons Des voix vont doucement raconter leur souffrance De gorges en bronze des animaux de fable Font jaillir des jets d’eau dans les bassins de marbre […]
Hain in diesen paradiesen Wechselt ab mit blütenwiesen Halle buntbemalten fliesen.[63]Des bosquets dans ces paradis Alternent avec prés fleuris Protique et pavés colorés.[64]

Dans le Tapis de la vie, le bosquet est le point de rencontre des initiés et des alliés :

So komm zur stätte wo wir uns verbünden! In meinem hain der weihe hallt es brausend: Sind auch der Dinge formen abertausend Ist dir nur Eine – Meine – sie zu künden. [65]Viens alors dans l’endroit où nous nous unissons ! Dans mon bosquet sacré sont des échos bruissants : Les formes des objets existent par milliers Il n’est qu’une – la mienne – de les annoncer. [66]

Dans L’année de l’âme, il est explicitement question d’une « forêt légendaire » [« bois des contes de fées »] :

Mit frohem grauen haben wir im späten Mondabend oft denselben weg begonnen Als ob von feuchten blüten ganz beronnen Wie in den alten wald der sage träten. Avec une frayeur joyeuse nous commencions Dans la soirée de lune souvent la même allée Comme si de fleurs humides tout enneigés Nous entrions dans le vieux bois des contes de fées.
Du führest mich zu den verwunschnen talen Von nackter helle und von blassen düften Und zeigtest mir von weitem wo aus grüften Die trübe liebe wächst im reif der qualen. [67] Tu me menais vers la vallée enchantée De la lumière nue et des senteurs blêmes Et me montrais de loin l’endroit où de abîmes L’amour morne croit dans la rosée de peines. [68]

La « forêt montagneuse de la langue » chère à Benjamin constitue donc à double titre une référence ironique-polémique à ces motifs boréaux du poète et « poétisateur » George : là où Benjamin détermine la différence entre poète et traducteur, il utilise une image du traducteur poétisant George qui, dans sa propre œuvre poétique, transforme les silvae de Dante en forêts allemandes et qui, avec ses traductions germanisantes, se perd dans la forêt de la langue par manque de distance[69]. L’esthétique de la traduction de George est diamétralement opposée à celle de Benjamin : si, de plus, une traduction est faite pour un « certain public », comme chez George, une telle idée de la réception de l’art dévie complètement « du chemin », comme l’écrit Benjamin dans le premier paragraphe de La tâche du traducteur[70] en se référant là encore à Dante.

L’intensité avec laquelle Benjamin a suivi l’idée de paysage, de montagne et de forêt dans la poésie de George n’apparaît pas seulement avec les expressions de « vieille forêt de colonnes », « jeune pépinière » et « massif » dans le souvenir de l’année 1928, mais également dans une lettre à Gretel Adorno datée du 10 juin 1937, que Benjamin signe ironiquement du pseudonyme de ‘Detlef Holz’ (‘Detlef Bois’). Inspiré par une excursion dans le paysage montagneux d’Ibiza, Benjamin se souvient de l’amour des paysages dans L’année de l’âme :

À l’intérieur de la montagne, on rencontre l’un des paysages les plus fertiles et cultivés de l’île. Le sol est entièrement traversé de canaux très profonds, si étroits qu’ils s’écoulent souvent sur de longues distances à l’abri des regards sous l’herbe haute, qui est du plus profond vert. Le bruissement de ces cours d’eau se rapproche d’un son d’aspiration. Des caroubiers, amandiers, oliviers et conifères se dressent sur les pentes, et le fond de la vallée est couvert de maïs et de haricots. Contre les rochers, on voit partout des lauriers-roses en fleurs. C’est un paysage comme celui que j’ai jadis aimé dans L’année de l’âme ; aujourd’hui il m’a saisi plus intimement avec le goût pur et fugace des amandes vertes, que j’ai volées sur les arbres l’autre matin à six heures[71].

Les exemples de la poésie de George et de la fixation de Benjamin sur les paysages forestiers de George devraient avoir montré que la théorie de la traduction de Benjamin dans La tâche du traducteur, qui se démarque avec emphase des procédés poétiques, de la poétisation et germanisation, trouve sa propre forme dans la distance polémique vis-à-vis de George. L’image de la forêt montagneuse ne porte pas seulement de manière hautement implicite sur cette polémique, mais elle met également en évidence – et c’est ce qu’il s’agit de montrer pour conclure – l’idée que Benjamin se fait de la « forme propre », spécifique, du caractère « déjà-formé[72] » de la traduction.

Car la référence à la germanisation des silvae de Dante par George n’est pas seulement une image polémique de la fausseté de la traduction poétique, de l’entrée et de l’égarement dans les broussailles de la langue. La métaphore de la « forêt montagneuse», que Benjamin évoque en référence indirecte à Dante, caractérise également la « forme propre » de la traduction, la tâche du traducteur, le maniement distancié de la langue (étrangère). La «forêt montagneuse» indique également le topos de la forêt langagière, le « texte comme forêt », la signification latine des silvae comme bois de construction, matériau et matière du discours[73]. Silva, comme traduction de hylè, est « la substance boisée de la langue[74] », le matériau du discours qui possède son lieu dans l’invention(inventio)[75]. Comme on peut le lire chez Cicéron, le problème de l’orateur est de faire un choix judicieux face à la masse incalculable des thèmes. Le défi consiste à donner au matériau sa forme et sa puissance de rayonnement :

Nam ipsa ad ornandum praecepta, quae dantur, eius modi sunt, ut ea quivis vel vitiosissimus orator explicare possit; qua re, ut ante dixi, primum silva rerum comparanda est […]; haec formanda filo ipso et genere orationis, inluminanda verbis, varianda sententiis.[76]Denn die eigentlichen Vorschriften, die man für den Redeschmuck erteilt, sind von der Art, dass sie jeder beliebige Redner, selbst wenn er sehr viele Fehler hat, entwickeln könnte. Deshalb muss man sich, wie ich vorhin sagte, in erster Linie einen Vorrat an Sachwissen verschaffen […]. Diesem Material muss man Gestalt geben durch die Form selbst und die Redeweise, man muss ihm durch Worte Glanz verleihen und es durch gehaltvolle Sätze abwechslungsreich gestalten.[77]
Ces préceptes ordinaires qu’on donne sur la manière d’orner le discours sont tels, que le plus mauvais orateur peut en présenter l’application. Nous, je le répète, commençons par amasser un ample fonds de choses […]. L’art façonnera ce fonds, en le répandant sur l’ensemble du discours ; les expressions lui donneront l’éclat, et les pensées la variété.[78] 

Le discours métaphorique de Benjamin sur la nécessité d’une relation distante à la « forêt montagneuse de la langue » implique donc également une certaine attitude vis-à-vis du matériau qu’il convient de traiter adroitement (au sens de l’elocutio), ce matériau dont émerge alors la « forme propre » de la traduction. Avec le maniement correct, i.e. distancié du matériau des langues apparaît une « forme » qui peut se manifester comme « intégration des nombreuses langues en une langue vraie » et qui –  « transparente[79] » – met en lumière la langue elle-même, sans se limiter à la communication de l’« intentio[80]» d’un auteur. Traduire, c’est travailler le matériau de la (des) langue(s) : or, seulement la distance adéquate à celui-ci, et non sa refonte, permet de produire quelque chose qui ne soit pas simplement « la transmission inexacte d’un contenu inessentiel[81] ». Libérée du particularisme de simples « relations de contenus », la traduction accède à la « forme pleine » en permettant à la « forêt montagneuse de la langue » d’œuvrer efficacement à la possibilité d’un espace sonore « de la langue dans son ensemble », un lieu « où l’écho de sa propre langue permet à chaque fois de faire résonner une œuvre en langue étrangère ». Ailleurs, Benjamin dit que le matériau de la langue, qui constitue la tâche du traducteur, est déjà double ou redoublé :

Quiconque traduit, travaille dans deux langues. Son matériau – ou plutôt : son organe – n’est pas tant, à côté de sa langue maternelle, le texte étranger que la langue de celui-ci. À partir des deux langues, il construit quelque chose et peut déjà s’estimer heureux si son édifice tient un peu plus longtemps qu’un château de cartes[82].

IV

Les silvae du traducteur et du poète sont peut-être les mêmes, mais leurs maniements, la relation à elles sont différents : le traducteur appelle le matériau de l’extérieur, le poète (poétisateur) se perd à l’intérieur. Pour Benjamin, la tâche du traducteur consiste en une prise de distance vis-à-vis de sa matière, non pas en une immersion dans la « forêt montagneuse », et non pas – comme on peut le rappeler en regard de la traduction de Dante par George – dans l’« abandon » (« Aufgeben ») imprudent du droit chemin. La traduction ne peut devenir une « forme propre » qu’en émergeant d’une distance vis-à-vis du matériau de la (des) langue(s) pour devenir « l’expression de la relation la plus intime des langues entre elles[83] ». Elle est une forme de la distance à partir de laquelle la traduction peut procéder avec « la plus grande méticulosité (Gewissenhaftigkeit) » et « brutalité ». Cela ne vaut pas seulement pour le regard sur sa propre langue, mais également pour son maniement particulier. La traduction comme distanciation critique permet un regard nouveau sur ce qui est familier.[84] Pendant que Benjamin travaille avec Pierre Klossowski, Raymond Aron, H.K. Brill à la traduction de L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique [« reproduction mécanisée »], il écrit le  27 février 1936 à Theodor W. Adorno :

Les deux semaines de travail très intenses avec mon traducteur m’ont apporté une distance vis-à-vis du texte allemand, que je n’acquiers habituellement qu’au terme de  délais plus longs. Je ne le dis pas pour m’en écarter d’un iota, mais parce que cette distance m’a permis d’y découvrir un élément que le lecteur que je suis verrait bien mis à l’honneur chez vous : c’est l’urbanité anthropophage, une circonspection et délicatesse dans la destruction qui, comme je l’espère, révèle et met en lumière quelque chose de l’amour des choses qui vous sont les plus familières. [85]

Seule la distance à sa propre langue permet de faire de nouvelles découvertes en et avec elle. En même temps – et c’est important pour la compréhension de l’invective de Benjamin contre George –, l’essence de la traduction est éloignée de toute monumentalité. L’appel de l’original dans « la forêt montagneuse de la langue » ne doit pas donner naissance à un lourd « monument allemand », mais tout au plus à un « écho » fugace – à un espace sonore. La traduction ne relève donc pas de la fondation d’un contexte de tradition rigide ou d’une ligne d’ancêtres, au sein desquels le poète (poétisateur) chercherait à se placer, mais de la décomposition du « propre », d’un mouvement puissant, d’un se laisser mouvoir entre les langues[86]. Connaissant la possible vanité et la futilité immanente de sa tâche, elle n’est pas une pratique de l’appropriation à accomplir, mais la remise en question permanente de sa propre langue par un matériau ‘étranger’.

Une telle compréhension de la traduction, qui de manière explicite ne cible pas la restitution et la transmission, n’est pas seulement présente dans le Traducteur de Benjamin, mais l’exigence en matière de traduction, qui s’y exprime, se retrouve également chez Michel Foucault, le traducteur français d’Emmanuel Kant, de Ludwig Binswanger et de Viktor von Weizäcker[87]. Explicitement, Foucault ne s’est exprimé qu’une seule fois sur la pratique de la traduction dans sa défense de la traduction de L’Énéide par Pierre Klossowski. En août 1964, le journal Le Monde publie en avant-première une partie de la traduction de Klossowski et provoque un éclat virulent : c’est en particulier la littéralité de la traduction qui choque le lecteur français. Or, Foucault reconnaît dans la traduction « verticale » de Klossowski, qui fait tomber chaque mot latin précisément sur le mot français, un état de la langue qui ne s’installe pas dans la similitude du français et du latin, mais qui met en avant la brèche « de la plus grande différence » entre les langues. La signification est alors en retrait au profit de l’effet de redoublement sémantique. À partir de là, Foucault distingue deux sortes de traductions. D’un côté, celles qui conservent leur objet « à l’identique » dans la traduction, qui vont « du pareil au même ». De l’autre, et en référence consciente aux réflexions de Benjamin, Foucault esquisse une forme de traduction polémique, dont la tâche consiste à ébranler le « propre ». La tâche du traducteur est ici mise en images avec une plus grande concision : il ne suffit pas d’appeler (dans) l’original et de produire sa résonance, son écho. L’idée que Foucault se fait de la traduction est plus conflictuelle et combative :

Il faut bien admettre qu’il existe deux sortes de traductions ; elles n’ont ni même fonction ni même nature. Les unes font passer dans une autre langue une chose qui doit rester identique (le sens, la valeur de beauté) ; elles sont bonnes quand elles vont « du pareil au même ». Et puis, il y a celles qui jettent un langage contre un autre, assistant au choc, constatent l’incidence et mesurent l’angle. Elles prennent pour projectile le texte original et traitent la langue d’arrivée comme une cible. Leur tâche n’est pas de ramener à soi un sens né ailleurs ; mais de dérouter, par la langue qu’on traduit, celle dans laquelle on traduit[88].

La référence de Foucault au Traducteur de Benjamin montre une fois encore que la traduction, à côté de toute transmission, est également une pratique inquiétante de sédition, qui se positionne contre les universaux et le nationalisme ontologique (Barbara Cassin)[89]. La corrosion de la langue supposée ‘propre’ qui en résulte, l’incomplétude et le provisoire permanent des traductions, ainsi que le chaos babylonien suscité par de « puissants[90] » mouvements de langue, pourraient même caractériser la « forme propre » de la traduction.


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[1] BENJAMIN, Walter, 2017. « Tableaux Parisiens », cité d’après l’édition allemande : Werke und Nachlaß. Kritische Gesamtausgabe (Écrits et œuvres posthumes. Édition intégrale et critique), tome 7, édité par A. Birnbaum & M. Métayer, Berlin, Suhrkamp : 192. – Sauf mention contraire, toutes les citations en langue allemande ont été retraduites par mes soins (note du traducteur).

[2]   BENJAMIN, 2017 : 192.

[3]   BENJAMIN, 2017 : 192. – [Ce fut le titre du projet d’émission avec Günther Anders. Les précisions du traducteur sont entre crochets dans le texte – n.d.t.]

[4]   Cf. notamment CASSIN, Barbara (dir.), 2004. Vocabulaire européen de philosophies. Dictionnaire des intradusibles, Paris, Le Seuil. Par la suite, le dictionnaire a été traduit et élargi par Emily Apter, Jacques Lezra et Michael Wood sous le titre de Dictionary of Untranslatables: A Philosophical Lexicon. Princeton University Press (2014) ; pour les réflexions théorétiques à partir de ce projet cf. APTER, Emily, 2005. The Translation Zone: A New Comparative Literature. Princeton University Press ; CASSIN, Barbara, 2016. « Translation as Paradigm for the Human Sciences », in The Journal of Speculative Philosophy 30.3 : 242-266 ; VENUTI, Lawrence, 1998. The Scandals of Translation. Towards an ethics of difference. Londres/New York, Routledge.

[5]   Cf. à ce propos BRIGGS, Kate, 2017. This little Art. Londres, Fitzcarraldo Editions : 63.

[6]   Pour la relation entre Benjamin et George cf. RUMPF, Michael, 1976. « Faszination und Distanz. Zu Benjamins George-Rezeption » (« Fascination et distance. La réception de George par Benjamin »), in P. Gebhardt (dir.), Walter Benjamin – Zeitgenosse der Moderne (Contemporain de la modernité). Kronberg, Scriptor : 51-70 ; HEINTZ, Günter, 1986. « Der Zeuge (« Le témoin ») : Walter Benjamin », in Stefan George. Studien zu seiner künstlerischen Wirkung (Études sur son rayonnement artistique). Stuttgart, Hauswedell : 310-345 ; BRODERSEN, Momme, 1990. Spinne im eigenen Netz (L’araignée prise dans ses propres filets). Walter Benjamin Leben und Werk (Vie et œuvre). Bühl-Moos, Elster : 122-131; LUHR, Geret, 1998/99. « Diese unzeitgemäße und undankbare Aufgabe: eine ‘Rettung’ Georges » (« Cette tâche inactuelle et ingrate : un ‘sauvetage’ de George »). – À propos de l’importance de Stefan George pour l’œuvre de Walter Benjamin : George Jahrbuch (Annuaire George) 2 : 85-106 ; WEIDNER, Daniel, 1998. « Geschlagener Prophet und tröstender Spielmann: Stefan George, gelesen von Walter Benjamin » (« Prophète battu et barde réconfortant : Stefan George, lu par Walter Benjamin »), in Zeitschrift für Germanistik (Revue de lettres allemandes)  8.1 : 145-152 ; DEUBER-MANKOWSKY, Astrid, 2000. Der frühe Walter Benjamin und Hermann Cohen. Jüdische Werte, Kritische Philosophie, vergängliche Erfahrung (Le jeune Walter Benjamin et Hermann Cohen. Valeurs juives, philosophie critique, expérience éphémère). Berlin, Vorwerk : 164-193 ; ALT, Peter-André, 1999. « ‘Gegenspieler des Propheten’ (‘Antagoniste du prophète’). – Walter Benjamin & Stefan George », in K. Garber, L. Rehm (dir.), global benjamin. Internationaler Walter-Benjamin Kongreß 1992, tome II. München, Fink Verlag : 891-907 ; PICKER, Marion, 2014. Der konservative Charakter: Walter Benjamin und die Politik der Dichter (Le caractère conservateur : Walter Benjamin et la politique des poètes), Bielefeld, transcript Verlag : 25-49 ; LEVAUFRE, Emmanuel, 2010. « ‘Donner leur physionomie aux dates’. Benjamin et le Cercle de George », in H. Wismann, P. Lavelle (dir.). Walter Benjamin. Le critique européen, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion : 141-169.

[7]   BENJAMIN, Walter, 1974s. Über (Sur) Stefan George, in Gesammelte Schriften (Écrits complets), tome II/2, édité par R. Tiedemann & H. Schweppenhäuser. Frankfort-Main, Suhrkamp : 622-624, S. 622.

[8]   Cf. HONOLD, Alexander, 2000. Der Leser Walter Benjamin: Bruchstücke einer deutschen Literaturgeschichte (Le lecteur Walter Benjamin : Fragments d’une histoire de la littérature allemande, Berlin, Vorwerk : 52-107.

[9]   Cf. BENJAMIN, Walter, 2016. Gesammelte Briefe (Correspondance complète), tome I: 1910-1918, édité par C. Gödde & H. Lonitz, Francfort/Main, Suhrkamp : 218.

[10]  Cf. MICHELS, Gerd, 1967. Die Dante-Übersetzungen Stefan Georges. Studien zur Übersetzungstechnik Stefan Georges (Les traductions de Dante par Stefan George. Études sur la technique de traduction de Stefan George). Munich, Fink Verlag ; SCHEFOLD, Bertram, 2008. « Stefan George als Übersetzer Dantes » (« Stefan George, traducteur de Dante »), in Deutsches Dante-Jahrbuch (Annuaire Dante allemand) 83.1 (2008) : 231-262 ; ARRIGHETTI, Anna Maria, 2012. « Dante. Die Göttliche Komödie. Übertragungen » (« Dante. La Divine Comédie. Traductions »), in A. Aurnhammer et al. (dir.), Stefan George und sein Kreis. Ein Handbuch, (Stefan George et son cercle. Un manuel.) Berlin/Boston X, De Gruyter : 218-238.

[11]  BENJAMIN, 1998: 370s.

[12]   Cité d’après PALMIER, Jean-Michael, 2019. Walter Benjamin, traduit par H. Brühmann. Frankfurt am M., Suhrkamp : 325. / PALMIER, Jean-Michael, 2006. Walter Benjamin, le chiffonnier, l’ange, et le petit bossu. Paris, Klincksieck.

[13]  BENJAMIN, 1974s :622.

[14]  BENJAMIN, 1974s :624.

[15]  BENJAMIN, 1974s :623.

[16]   BENJAMIN, 1974s :624.

[17]   BENJAMIN, 1974s :623.

[18]  BENJAMIN, 1974s :623.

[19]  Cf. à ce propos GOEBEL, Eckart, 2012. « Das Opfer der Kritik (« La victime de la critique ») : Benjamin – Kommerell », in S. Börnchen et al., (dir.), Name, Ding, Referenzen, (Nom. Chose. Références). Munich, Fink Verlag: 345-365.

[20]  Cf. BENJAMIN, Walter, 1998. Gesammelte Briefe (Correspondance complète), tome IV: 1931-1934, édité par C. Gödde & H. Lonitz. Francfort/Main, Suhrkamp : 237.

[21]  BENJAMIN, Walter, 1991. « Rückblick auf Stefan George » (« Retour sur Stefan George »), in Gesammelte Schriften (Écrits complets), tome III, édité par H. Tiedemann-Bartels. Francfort/Main, Suhrkamp : 399.

[22]  BENJAMIN 1991 : 394.

[23]  BENJAMIN 1991 : 393 ; cf. à ce propos MATZ, Wolfgang, 2011. Eine Kugel im Leibe (Une balle dans le corps). Walter Benjamin und Rudolf Borchardt: Judentum und deutsche Poesie (Judaïsme et poésie allemande). Göttingen, Wallstein : 24-28.

[24]  Cf. à ce propos BREUER, Stefan, 1995. Ästhetischer Fundamentalismus. Stefan George und der deutsche Antimodernismus (Fondamentalisme esthétique. Stefan George et l’antimodernisme allemand). Darmstadt, Wiss. Buchgesellschaft :  95-184.

[25]   Cf. à ce propos KAISER, Gerhard R., 2015. « Die ‚rechtkräftige Aburteilung und Exekution des Friedrich Gundolf. Polemik im Wahlverwandtschaften-Aufsatz » (« La condamnation et l’exécution légales de Friedrich Gundolf. La polémique dans l’essai sur les Affinités électives »), in H. Hühn et al., (dir.), Benjamins Wahlverwandtschaften. Zur Kritik einer programmatischen Interpretation (Les affinités électives de Benjamin. Critique d’une interprétation programmatique). Berlin, Suhrkamp : 294-316.

[26]  Cf. à ce propos ABEL, Julia, 2014. Walter Benjamins Übersetzungsästhetik. ‚Die Aufgabe des Übersetzers‘ im Kontext von Benjamins Frühwerk und seiner Zeit (L’esthétique de traduction de Walter Benjamin. ‘La tâche du traducteur’ dans le contexte de l’œuvre de jeunesse de Benjamin et de son époque). Bielefeld, Aisthesis Verlag ; HART NIBBRIG, Christian L. (dir.), 2001. Übersetzen (Traduire): Walter Benjamin. Francfort/Main, Suhrkamp ; WEBER, Samuel, 1997. « Un-Übersetzbarkeit. Zu Walter Benjamins ‘Aufgabe des Übersetzers’ » (« In-traduisibilité, ‘La tâche du traducteur’ de Walter Benjamin »), in A. Haverkamp (dir.), Die Sprache der Anderen. Übersetzungspolitik zwischen den Kulturen (La langue des autres. La politique de traduction entre les cultures). Francfort/Main, Fischer : 121-145.

[27]  Stefan Zweig, dans le journal Frankfurter Zeitung du 1/6/1924, cité d’après WEIDMANN, Heiner, 2001. ‘Wie Abgrunds Licht den Stürzenden beglücket‘. Zu Benjamins Baudelaire-Übersetzung (À propos de la traduction de Baudelaire par Benjamin [Le titre cite le 3e vers de la 2e strophe de la trad. de L’aube  spirituelle par W.B. – n.d.t.]), in C. L. Hart Nibbrig (dir.), Übersetzen (Traduire) : Walter Benjamin. Francfort/Main, Suhrkamp : 311-325, S. 311.

[28]  Cf. PALMIER, 2006 : 321.

[29]  Cf. à ce propos ABEL, 2014 : 193.

[30]  BENJAMIN, Walter, 1972. « Die Aufgabe des Übersetzers », in Gesammelte Schriften. Tome. IV.I., édité par T. Rexroth. Francfort/Main, Suhrkamp : 9-21 / BENJAMIN, Walter, 1991, « La tâche du traducteur », traduit par Martine Broda, in Po&sie, n°55, 1991, p. 150-158.

[31]  GUNDOLF, Friedrich, 1921. George. Berlin, Verlag Bondi : 1.

[32]  GUNDOLF, 1921 : 13.

[33]  GUNDOLF, 1921 : 28.

[34]  GUNDOLF, 1921 : 13.

[35]  GUNDOLF, 1921 : 31.

[36]  BENJAMIN, 1972 : 16.  –  La tâche du traducteur, traduction française par Martine Broda, parue dans la revue Po&Sie, N°55, Paris, Belin,1991, pp. 150-158 (abrégé : BRODA). Citation p. 154. Disponible en ligne sous : https://po-et-sie.fr/texte/la-tache-du-traducteur/

[37]  BENJAMIN, 1972 : 19. BRODA, 1991 : 157.

[38]  BENJAMIN, 1972 : 19. BRODA, 1991 : 157 (trad. modifiée).

[39]  BENJAMIN, 1972 : 9. BRODA, 1991 : 150 (trad. modifiée).

[40]  BENJAMIN, 1972 : 12. BRODA, 1991 : 153.

[41]  BENJAMIN, 1972 : 13. BRODA, 1991 : 153.

[42]  BENJAMIN, 1972 : 15. BRODA, 1991 : 154.

[43]  BENJAMIN, 1972 : 15. BRODA, 1991 : 154.

[44]  BENJAMIN, 1972 : 17. BRODA, 1991 : 155.

[45]  BENJAMIN, 1972 : 9. BRODA, 1991 : 150.

[46]   BENJAMIN, 1972 : 16.

[47]  BRODA, 1991 : 154sq. (trad. modifiée).

[48]  À ce propos : MENKE, Bettine, 2001. « Die Wiederholung, die das Echo ist » (« La répétition qui est l’écho »), in K. Müller-Wille, et al., (dir.), Wunsch – Maschine – Wiederholung (Désir  – Machine – Répétition), Freiburg/Br., Rombach Verlag : 167-192.

[49]  MENKE, Bettine, 2001. « ‘Wie man in den Wald hineinruft, …’ Echos der Übersetzung » (« ‘Comment on appelle dans la forêt, …’ Échos de la traduction »), in C. L. Hart Nibbrig (dir.), Übersetzen (Traduire): Walter Benjamin. Francfort/Main, Suhrkamp : 367-394 : 376s.

[50]  BENJAMIN, 1972 : 16. BRODA, 1991 : 155 (trad. modifiée).

[51]  BENJAMIN, 1972 : 12. BRODA, 1991 : 152 (trad. modifiée).

[52]  BENJAMIN, Walter, 1991. Gesammelte Schriften (Écrits complets), tome V.2 : Das Passagen-Werk (Livre des passages), édité par R. Tiedemann. Francfort/Main, Suhrkamp : 963s.

[53]  Voir : NÄGELE, Rainer, 2001. « Echolalie », in C. L. Hart Nibbrig (dir.), Übersetzen: Walter Benjamin. Francfort/Main, Suhrkamp : 32.

[54]  HARRISON, Robert P., 1992. Wälder. Ursprung und Spiegel der Kultur (Forests: The Shadow of Civilization), cité dans la trad. all de M. Pfeiffer. Munich, Hanser : 104-112 ; pour la relation de Benjamin à Dante cf. MAGGI, Marco, 2017. Walter Benjamin e Dante: Una constellazione nello spazio delle immagini. Rome, Donzelli.

[55]  L’Enfer du Dante. tome 1, éd. bilingue italien-français, Michel Lévy frères, Paris 1852 : Inferno, Canto primo, p.2. Èdition disponible en ligne sur https://gallica.bnf.fr/

[56] GEORGE, Stefan, 1988. « Dante. Die Göttliche Komödie. Übertragungen », in Sämtliche Werke, t. X, XI. Stuttgart, Klett-Cotta : 7.

[57] L’Enfer du Dante, 1852 : Chant premier, 3.

[58]  BENJAMIN, 1972 : 16.

[59]  Pour ce concept, voir MARTUS, Steffen, 2007. Werkpolitik. Zur Literaturgeschichte kritischer Kommunikation vom 17. bis zum 20. Jahrhundert (La politique de l’œuvre. Histoire littéraire de la communication critique du 17e au 20e siècle). Berlin/Boston, de Gruyter.

[60]  Cf, à ce propos RAULFF, Ulrich, 2009. Kreis ohne Meister. Stefan Georges Nachleben (Cercle sans maître. La vie ultérieure de Stefan George). Munich, Beck : 248-258: « Sur la même ligne d’un mimétisme – non de Dante par George, mais de George par Dante – se situe la présentation des fragments de la Commedia dans l’habillage typique des livres de poésie de George. On dirait qu’il s’agit, pour les morceaux choisis, de poèmes séparés, d’exemplaires d’une forme fermée sur elle-même, en tous les cas inférieure à celle de l’œuvre de Dante. » (249)

[61]  GEORGE, Stefan, 1991. « Die Bücher der Hirten- und Preisgedichte », in: Sämtliche Werke, Bd. III. Stuttgart: Klett-Cotta : 5 / GEORGE, Stefan, 2009. Œuvres Complètes. Poésies complètes, traduit par L. Lehnen. Paris, La Différence :119.

[62] GEORGE, 1991 : 30. / GEORGE, Stefan, 2009 : 123.

[63] GEORGE, 1991 : 83.

[64] GEORGE, Stefan, 2009 : 177.

[65] GEORGE, Stefan, 1984. « Der Teppich des Lebens », in Sämtliche Werke, t. IV. Stuttgart, Klett-Cotta : 19.

[66] GEORGE, Stefan, 2009 : 303.

[67]  GEORGE, Stefan, 1982. « Das Jahr der Seele », in Sämtliche Werke, t. IV. Stuttgart, Klett-Cotta : 26.

[68] GEORGE, Stefan, 2009 : 211.

[69]  Pour l’histoire littéraire de la forêt allemande cf. p. ex. SCHÜTZ, Erhard, 2011. « Dichter Wald » (« Forêt dense/poétique »), in U. Breymayer, B. Ulrich (dir.), Unter Bäumen. Die Deutschen und der Wald (Parmi les arbres. Les Allemands et la forêt). Dresde, Sandstein Verlag : 106-122.

[70]  BENJAMIN, 1972 : 9. BRODA, 1991 : 150.

[71]  BENJAMIN, 1998 : 231s.

[72]  BENJAMIN, 1972 : 13. BRODA, 1991 : 152.

[73]  Cf. à ce sujet DELL’ANNO, Sina, 2018. « Philologischer Waldgang. Bemerkungen zu Form und Stoff mit Blick auf Jean Paul » (« Excursion philologique dans la forêt. Remarques à propos de la forme et de la matière, en particulier chez Jean Paul »), in Jahrbuch der Jean-Paul Gesellschaft (« Bulletin annuel de la Société Jean Paul ») 53 (2018) : 33-68.

[74]  Cf. AGAMBEN, Giorgio, 2003. Die Idee der Prosa (Idea della Prosa), traduit par D. Leupold, C.-C. Härle. Francfort/Main, Suhrkamp : 17.

[75] Le premier témoignage de la signification de la forêt comme métaphore de la matière se trouve, selon Sina dell’Anno, dans un premier écrit de Cicero, De inventione (I, 34): « Verumtamen non incommodum videtur quandam silvam atque materiam universam ante permixtim et confuseexponere, – « Gleichwohl erscheint es nicht unzweckmäßig, gewissermaßen den Wald und das gesamte Material vorher vermischt und vermengt darzustellen » – « Cependant il ne me semble pas inapproprié d’exposer globalement d’abord, pêle-mêle et sans ordre, la source [la forêt] et la matière première » [trad. CUF].

[76] CICERO, Marcus Tullius, 2007. De Oratore / Über den Redner, édité et traduit par T. Nüßlein. Düsseldorf, Artemis und Winkler : 103.

[77] CICERO, Marcus Tullius, 2007 : 361.

[78] CICERON, Marcus Tullius, Orator, in Œuvres complètes de Cicéron, t. 1, trad. p. M. Nisard, Firmin Didot, Paris 1869, XXVI.

[79] BENJAMIN, 1972 : 18. BRODA, 1991 : 156.

[80] BENJAMIN, 1972 : 18. BRODA, 1991 : 155.

[81] BENJAMIN, 1972 : 9. BRODA, 1991 : 150.

[82]  BENJAMIN, Walter, 1991. « Übersetzungen » (« Traductions »), in Gesammelte Schriften, (écrits complets), tome III: Kritiken und Rezensionen (Critiques et comptes-rendus), édité par H. Tiedemann-Bartels. Francfort/Main, Suhrkamp : 40-41, 40.

[83]  BENJAMIN, 1972 : 12. BRODA, 1991 : 152 (trad. modifiée).

[84]  Pour la relation entre critique et traduction chez Benjamin cf. DE MAN, Paul, 2000. « ‘Conclusions’ on Walter Benjamin’s ‘The Task of the Translator’. » Messenger Lecture. Cornell University, March 4, 1983. » Yale French Studies. 97 : 22.

[85] BENJAMIN, Walter, 1966. Briefe, édité par G. Scholem, T. W. Adorno. Francfort/Main, Suhrkamp : 709.

[86] Cf. BENJAMIN, 1972 : 20. BRODA, 1991 : 157 (trad. modifiée).

[87] Cf. à ce propos HIEPKO, Andreas, 2004. « Das Negativ eines Werks. Die Übersetzungen Foucaults » (« Le négatif d’une œuvre. Les traductions de Foucault »), in P. Gente (dir.), Foucault und die Künste, (Foucault et les arts). Francfort/Main, Suhrkamp : 306-308.

[88]  FOUCAULT, Michel, 1964. « Les mots qui saignent », in L’Express 688 (1964) : 21-22.

[89] CASSIN, 2016 : 262 ; cf. également BACHMANN-MEDICK, Doris, 2009. “Introduction. The Translational Turn”, in Translation Studies 2.1 (2009) : 2-16 ; « Translation remains the dark secret of philosophy because the remainder shatters the bedrock assumptions of this project in its modern academic form: the stability and authority of the philosophical subject as the autonomous agent of reflection », VENUTI, 1998 : 106.

[90] BENJAMIN, 1972 : 20. BRODA, 1991 : 157 (trad. modifiée).